Pêche et chasse marine : plus qu’une industrie, un mode de vie

En 2010, le produit intérieur brut du Nunavut (PIB) s’élevait à 1,75 milliard de dollars (Statistique Canada). Étant donné la croissance des secteurs des ressources et des pêches, les exportations représentent rapidement une part plus importante de l’économie. Selon les estimations, la valeur de l’économie de la chasse et pêche actuelle est d’environ 40 millions de dollars par année. À Qikiqtarjuaq, la chasse aux phoques n’est pas qu’une industrie, c’est un mode de vie qui permet aux Inuit de rester en contact avec leur environnement naturel. Les Inuit sont en effet des peuples chasseurs-cueilleurs qui, traditionnellement, se déplaçaient d’un campement à un autre selon les saisons. Bien qu’ils soient actuellement davantage sédentaires, une partie de leur mode de vie ancestrale perdure. Ainsi, durant la saison estivale, ils pratiquent encore la cueillette, la pêche dans les lacs et les rivières, la chasse au caribou ainsi que la chasse à la baleine.

1- La pêche et chasse marine communautaire 

L’éventail d’espèces qu’on trouve à Qikiqtarjuaq est riche. Il y a d’abord le fameux omble chevalier, un poisson anadrome reconnaissable au vif orangé de sa livrée. Il migre depuis les lacs d’eau douce vers la mer et, de nouveau à l’automne, il fait le trajet en sens inverse. Puis il y a l’ombre arctique, un poisson combatif peu regardant sur le choix d’appât, qui se laissera facilement séduire par une mouche sèche lancée au-dessus d’un lac ou d’une rivière aux eaux cristallines et bien oxygénées. Et bien sûr, le touladi, qu’on trouve dans les hauts-fonds limpides ou faisant du surplace au fond des grands lacs peu fréquentés.  À l’automne, les Inuit éclusent le lit des rivières peu profondes pour rassembler les poissons avant de les capturer au harpon. Au printemps, ils percent la surface de la glace pour harponner les poissons. Les Inuit reconnaissent facilement les différents goûts des poissons selon le lac ou la rivière où il a été pêchés et ils se targuent parfois de connaître les endroits où l’on peut trouver les poissons « les plus succulents ».

D’autre part, dans l’Ile de Broughton, la pêche au phoque offre un bon exemple d’économie mixte qui continue d’être favorable au tissu culturel et social du territoire tout en contribuant aux connaissances de première main concernant la terre et les écosystèmes. La valeur alimentaire annuelle du phoque annelé est estimée à 5 millions de dollars au Nunavut. Culturellement, les Inuit ont un très grand respect pour les animaux qu’ils chassent (baleine boréale, morse, narval et orque). En effet, selon les croyances, l’animal est considéré comme une personne à part entière, un être pensant libre ou non de s’offrir et qui peut se réincarner (Nunavut Tunngavik Inc., 2008). C’est donc par respect pour ces animaux que les Inuit vont appliquer certains codes de bonne conduite, tels : remercier l’animal chassé, ne pas faire souffrir l’animal inutilement, utiliser l’ensemble des composantes de l’animal abattu, confectionner des vêtements avec leur peau et ne pas poursuivre un animal qui a décidé de ne pas s’offrir (Canada’s first people, 2007). Ils ont également la coutume de partager leur récolte et leurs prises entre eux, ce qui leur assure une meilleure adaptation face à l’ensemble des changements qu’ils peuvent vivre (ADHR, 2004).

2- La pêche commerciale hauturière

Au Canada, le Ministère des Pêches et des Océans entretient environ 1 000 ports de pêche. Il n’y en a aucun au Nunavut, si on excepte le port pour petits bateaux promis au village de Pangnirtung. Deux espèces sont exploitées : le flétan noir (ou flétan du Groenland) et la crevette nordique (ou crevette rose).

Le principe de contiguïté

Le « principe de contigüité » veut qu’un accès prioritaire soit généralement donné aux intervenants situés le plus près de la ressource. La part du Nunavut pour le flétan (27,3%) n’a pas changé depuis la fin des années 1990 et l’accès territoire à la crevette est fixé à 31,45%. Les gens du Nunavut considèrent leur allocation comme excessivement modeste comparée à celle des autres régions du Canada.

Des quotas de pêche

Dans la division 0 de l’Organisation des pêches de l’Atlantique nord-ouest (OPANO) (voir la carte ) – les quotas de pêche au flétan ont crû rapidement ces dernières années. De 1996 à 2000, la pêche exploratoire permettait des captures pouvant atteindre jusqu’à 300 tonnes. Le quota de la pêche exploratoire a été fixé à 3 500 tonnes en 2001; il a grimpé à 4 400 tonnes de 2003 à 2005 pour atteindre 9000 tonnes en 2011 (valeur de 70 millions de dollars). Le quota de crevettes nordiques est de 8500 t dans l’ensemble du Nunavut.

Carte des zones de pêche (flétan) établies par l’Organisation des pêches de l’Atlantique Nord-Ouest
Note : Les points indiquent les positions des bateaux de pêche au flétan noir.

Source : Bureau géoscientifique Canada–Nunavut, Iqaluit.

Les quotas du flétan et la crevette appartiennent aux organisations de chasseurs et trappeurs (OTC) ainsi qu’à la Baffin Fisheries Coalition (BFC), une organisation sans but lucratif.

Un territoire en manque d’installations portuaires

Comme il manque des infrastructures, la plupart des prises de flétan sont déchargées au Groenland. Une petite partie des prises hauturières est transformée aux usines de Cambridge et Pangnirtung. Construite en 1994 et propriété de la Société de développement du Nunavut (état) et de la Cumberland Sound Fisheries (entreprise Inuite), Pangnirtung Fisheries Ltd. est la seule usine terrestre de transformation du poisson de mer au Nunavut. Elle achète de l’omble arctique et du flétan et 30 personnes du coin y travaillent 8 mois/an. Les prises de crevettes sont, elles, congelées à bord des bateaux. Comme la plus grande partie des stocks de poissons pour la pêche commerciale reste à explorer, ce secteur d’activité pourrait fournir un apport croissant et important à l’économie du territoire. Aussi, la région du Nunavut gagnerait à développer de nouvelles infrastructures portuaires.

Crédit photos : Éric Brossier

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s