Tribulations d’une coordinatrice engagée

Journal de Bord

12 juin

Depuis la fin mai, les départs sont nombreux et les arrivées sont rares. Cette 95e journée marque la fin du leg 3. Nous ne sommes maintenant que 9 participants :

  • Gauthier Verin
  • Pierre Coupel
  • Margaux Gourdal
  • Nicole Pogorzelec
  • Pierre-Emmanuel Muller
  • Pierre-Luc Grondin
  • Simon Lambert
  • Eric Rehm
  • moi-même, Joannie Ferland.

Rappelons-nous que l’équipe a dépassé le cap de la vingtaine ! Puisque le temps et les circonstances se prêtaient bien à l’occasion, nous avons souligné cette soirée par un BBQ en invitant notre super Anita et son copain Andrew. Leur départ est prévu pour demain. Sans Anita, cette mission aurait eu une toute autre saveur. Merci pour ta contribution inestimable au projet tant pour la préparation du terrain que pour ta rigueur au laboratoire et le lien précieux tissé avec les jeunes de l’école pour toutes les activités éducatives.

Demain, l’horaire permet de faire une première grasse matinée qui sera fort appréciée de tous! Au cours de la prochaine semaine, 6 autres participants quitteront le camp. Il faut donc relever nos manches et maintenir le rythme.

13 juin

Chaque participant met la main à la pâte scientifique, logistique, ménagère et à la pâte à pain !!!! Denrée cruciale pour la survie du moral : un BON pain ! Gauthier, Pierre-Luc, Margaux et Joannie ont pris des gallons de boulanger au cours de la mission ! La cuisine fait maintenant partie du rituel de préparation de la journée !

Une journée typique au leg 4, et bien ça n’existe pas! Il y a certes le roulement de base du cycle d’échantillonnage classique, qui recommence tous les 3 jours. Seules l’heure de départ et la séquence des opérations restent les mêmes ! La fonte progressive de la glace autour du village change notre port à motoneige : nous fuyons l’eau libre. Les participants se relaient désormais pour assumer les différentes responsabilités des opérations au camp. Les tâches supplémentaires de démantèlement du camp se partagent entre le retrait des instruments et de la structure du camp de glace, l’hivernage d’une partie de l’équipement au village, l’organisation du matériel entre ce qui sera retourné sur le brise-glace Amundsen cet automne, ce qui reste jusqu’en 2016, et ce qui doit revenir en urgence au cours de l’été par cargo ou avec les participants ! Peu de participants retournent les mains vides, on doit optimiser (jusqu’à 5) le nombre de bagages supplémentaires que chacun peut rapporter !!!

La compagnie d’aviation Kudlik nous offre aussi plusieurs vols partagés pour le retour de nos précieux échantillons congelés. Ainsi, l’équipe de Québec garde plusieurs dryshippers rempli d’azote liquide, prêts à être vidés et apportés à Qik. Une fois à Qik, l’équipe de terrain arrive à la dernière minute avec des glacières remplies d’échantillons et les transferts dans les dryshipper à même la cours du terminal de l’aéroport ! Les gants dans les mains et hop on rempli les dryshippers au maximum. Ainsi ils sont rendus le soir même à Québec où l’équipe du « Sud » récupèrere le tout et conserve les échantillons au congélateur très très froid (-80°C).

14 juin

Le programme se maintient sur une fréquence de visite du camp au 3 jours. Eric Rehm effectue un transfert de connaissance pour le déploiement du C-OPs à Simon et moi-même. Cette visite au camp supplémentaire permet aussi de ranger les instruments qui ne seront plus utilisés pour le dernier leg, tel que la grappe optique et l’équipement pour les courbes PvsE (voir ancients posts). En soirée, les équipes opérationnelles pour le camp sont redessinées pour respecter un horaire restreint et un retour rapide vers le laboratoire afin de traiter l’eau de mer récoltée le plus rapidement possible. Cette fois, c’est la même équipe du camp qui effectue les opérations au laboratoire. Les journées sont donc bien chargées!

16 juin

Il faut aussi profiter de cette semaine pour maximiser toutes les opérations qui gagnent par la force du nombre ! Ainsi, un grand ménage du laboratoire et du Coffeeshop (notre camp de base) est lancé. L’organisation des vols de retour et surtout du chargement en bagages excédentaires de chaque participant s’organise. Attention, nous sommes en juin et le brouillard et les nuages continuent de jouer des tours et d’imposer des faux départs! Juin fut horrible et sans y échapper, Pierre-Luc, Pierre-Emmanuel, Gauthier achètent des vols supplémentaires sur les deux compagnies espérant prendre le prochain vol qui réussira à atterrir à Qik!

Journée de stress additionnel par un problème majeur d’ordinateur. Rien a faire, le portable n’ouvre pas! Tous les documents et les fichiers de données, de logistiques, de contats… et bien rien a faire… évidemment tout survient en fin de journée où la fatigue gagne! Me voyant au désespoir, Simon devint le héros de la soirée! Avec Internet au débit TRÈS lent, il réussi à trouver le moyen de parler au cœur de l’ordinateur du mac. Au bout d’une heure trente, Simon réussi à le faire revivre! Plus de peur que de mal !

18 juin

Jour de chance pour le trio en attente ! Pierre-Luc, Pierre-Emmanuel et Gauthier ont pu s’envoler vers Québec. Le quatuor de clôture se forme avec l’arrivée du dernier à rejoindre Qik, Thomas Lacour. Aussitôt arrivé, Thomas est requis au laboratoire puisque nous revenons du camp de glace ! Pas une minute à perdre, les gants enfilés et le voilà en mode filtration massive d’eau de mer ! L’accueil brutal n’a pas ralenti l’efficacité de Thomas ! Nous terminons vers les 22h30. Le lendemain, il faut maintenir le rythme car la glace fondue nous attend à 7h au laboratoire ! Une demi-journée de calme pour faire un tour au village avec Thomas et pour prendre le temps de bien l’accueillir ! Et rapidement, nous recommençons le cycle !

20 juin

Chaque départ signifie une réorganisation des tâches tant pour la science opérationnelle que logistique ! Ainsi, depuis la fin mai, nous sommes en constant réaménagement des équipes pour assurer le bon déroulement des prélèvements au site et au laboratoire. Action-réaction, il faut aussi en parallèle rendre une partie des maisons en location. On passe donc en mode grand ménage pour trois de ces maisons, soit les maisons de Markosie, Regalie et Kudlik où toutes nos réserves de nourriture se trouvent ! Aujourd’hui, renfort oblige, on est passé en mode grand ménage et transfert de stock avec l’aide de six duo Inuits! Il fallait s’empresser car demain, nous devons rentre le camion de location qui nous est pourtant bien utile !! Une bonne matinée d’efficacité qui s’est clôturée avec nos 6 belles demoiselles Inuits à table pour un repas de fin des travaux cuisiné par chef Lacour ! A partir de ce jour, l’équipe a installé ses quartiers dans une seule maison ! La vie se déroule donc entre la maison, le laboratoire et le Coffee Shop aussi appelé Basecamp!

21 juin

Dehors, la température chauffe et la neige sur la banquise fond vite. Le chemin pour se rendre au camp se métamorphose en grand lac de fonte ! Les montagnes se reflètent complètement dans l’eau, les mares s’étendent sur des kilomètres de long sur une bonne partie de la route et elles sont parfois profondes ! Le paysage est SUBLIME ! Les motoneiges sont presque des seadoo ! La conduite reste bonne même si nous éprouvons d’étranges sensations de crainte face à ce nouvel environnement. Éric nous rassure en nous disant que toute cette eau sera drainée par les nombreux trous de phoques ou de scientifiques ou les craques dans la banquise! Margaux rayonne de joie puisqu’elle attendait ces mares de fonte depuis un moment, comme beaucoup de scientifiques qui espéraient être encore présent pour les étudier. Les mares de fonte ne se rendent pas encore au site du camp alors Margaux devra attendre la prochaine visite au camp pour lancer ses incubations !

22 juin

Notre cabane de pêcheur baigne depuis un moment dans sa grande mare bleue. Cette mare ne se drainera pas de si tôt. Un trou bien noir et des craques se forment dans cette dernière. Comme le thermomètre extérieur continu de chauffer, il est temps de la déplacer. Nous organisons une sortie de fin de journée pour cette opération. Simon et Éric se vêtissent donc sur place, soit d’un drysuit ou d’habit de survie pour sauter à l’eau et enfiler un de nos traineaux sous la cabane. Sous un soleil radieux, la cabane sera ensuite simplement remorquée à l’aide d’une motoneige hors de sa « baignoire » pour se faire échouer sur une surface encore glacée.

Afin de rentabiliser chaque minute de cette visite extra, depuis la tente, France, Margaux Joannie et Thomas se chargent de démanteler l’équipement lourd de la tente. Ainsi, treuil, trépied, panneau électrique, tables et génératrices sont extirpés de la tente. Ceci signe la fin des déploiements de grande envergure depuis la tente!

24 juin

Jour 1 du cycle, jour de mesure sur le terrain! Première station complètement effectuée hors tente. La CTD et les prélèvements d’eau auront lieu depuis une installation type « vagabond 2014 » depuis le trou laissé par les trappes à sédiment. Malgré l’effectif réduit, les opérations se déroulent parfaitement, chacun bien concentré sur ses responsabilités. Mais puisque les mares de fonte font leur apparition, plutôt que d’assurer un programme réduit, on les ajoute au programme. Margaux n’aura que quelques jours pour les échantillonner avant son départ prévu le 29 juin prochain. Pas de festivité pour la St-Jean autour d’un feu, de retour au village, nous retournons plutôt au laboratoire toujours dans l’ambiance ampoules vertes et bruit de pompe entre autres pour filtrer plus de 100L d’eau de mer! Il est 2h AM, la station est maintenant terminée et nos lits nous appellent !

25 juin

Pas le temps de dormir, la glace est fondue comme d’habitude et à 7h le duo d’enfer que Thomas et moi formons se rend au laboratoire ! Filtre, filtre, filtre, fixe, et mesure les 4 échantillons de glace ! Les pompes tournent et retournent, les pipettes prélèvent, l’ultrapath et l’IFCM mesurent! On termine vers midi. Ouf !

Pause pour se remplir le ventre.

Le programme rythmé se maintient, Margaux prendra le premier départ à 13h avec William comme guide inuit. Elle part pour échantillonner 5 nouvelles mares de fontes. Thomas l’attend au village pour lancer quelques mesures de physiologie et pour aider Margaux dans le traitement de la centaine de litres d’eau qu’elle rapportera.

Vers les 15h, c’est Simon et moi-même qui partons avec la famille Brossier pour démonter la grande tente Polarheaven!

Vous voyez qu’il n’existe plus de journée typique ! Rien n’est reporté à plus tard puisque le temps file et que la mission prendra fin sous peu, soit le 13 juillet prochain !

29 juin

Margaux s’envole pour Québec, plus que trois au camp!

Simon et Thomas s’affairent au graissage des génératrices, treuil, rack, bref tout ce qui est en métal ! La tente séchée, ils iront plier et remballer le tout après la couture magique que France a opéré sur cette dernière. Les hommes s’occupent des travaux lourds et de mon côté, j’organise le rangement, je prépare l’étiquetage au laboratoire et je déniche des solutions pour faciliter la logistique du transport et du rangement qui soulèvent quotidiennement de nouveaux défis !

1 juillet

Matinée de laboratoire brève, nous nous joignons en après-midi aux activités de célébration de la fête du Canada ! Volée de bonbons à la mairie, course contre la montre en habit de pompier (on se mare (de fonte)), pêche au Chaboisseau dans les craques de la banquise, et repas de produits locaux : phoque entier à découper avec un ulu pour consommer la viande préférée des inuits bien crue et saignante, omble arctique séchée et thé bouilli sur feu de buissière! Mamaktuk (très bon) !

3 Juillet

Avant dernière station type GreenEdge et 116e jour de mission ! Tout se déroule comme prévu ! Toutefois, l’ouverture de la mer nous force à changer de lieu pour décharger les traineaux et aussi pour garer de manière sécuritaire les motoneiges. Il serait dommage de les perdre au fonds de l’eau salée ! Nous allons évaluer l’accès au 3e lieu de stationnement appelé la plage de la DEWLine puisque la mer prolonge ses bras sombre et indique donc une banquise mince à proximité !

Nos vies sont bien remplies à Qikiqtarjuaq! Notre objectif est d’assurer un programme scientifique de base tout en organisant bien la fin de la mission (logistique !!!) ! Avec une équipe du tonnerre autant à Qik qu’à l’université Laval, nous sommes sur la bonne voie pour compléter une grande mission d’envergure sans éclaboussure !

Joannie Ferland 

Crédit photos : Joannie Ferland, Thomas Lacour et Simon Lambert

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